dimanche 10 février 2008

LA Coupe d’Afrique Des Nations

Tous les deux ans cette prestigieuse messe se déroule virtuellement en Afrique on a envie de dire. Les stades, désespérément vides de spectateurs, sont squattés par les officiels, 150 journalistes, 500 photographes, invités et autres observateurs. On à l’impression que c’est une affaire entre gens d’ailleurs. Le publique, le vrai, le téléspectateur est loin, disséminé à travers la planète. Les joueurs, et entraîneurs, viennent d’Europe. Pourquoi ne pas la jouer en Europe et envoyer les images en Afrique ? Dans le meilleur des cas les équipes passent quelques jours dans leur pays, le temps de faire une photo avec le président avant d’aller sur le site de la compétition. Les clubs européens, employeurs de ces joueurs ont du mal à les libérer pour la circonstance et sont en conflit larvé avec les fédérations des pays d’origine des footballeurs. C’est une des facettes de la mondialisation. Les Africains gardent pour eux leur championnat du niveau de quatrième division Européenne, fade et sans attrait ni enjeux financiers, on récupère leurs élites sportives payées quatre sous pour assurer le spectacle et l’argent en Europe. Des clubs comme Lens en France peuvent alignés 13 Africains sur leur feuille de match. Il n’est pas rare d’entendre dans les commentaires après un matche contre le Cameroun ou le Sénégal des joueurs Egyptiens, marocains et Tunisiens dire « nous avons jouer une équipe africaine bien regroupée » L’ex star du foot Algérien Rabah Madjer se demandait pourquoi l’Algérie ne laissait pas aux Africains la coupe d’Afrique. Le même Madjer ne se demandait pas pourquoi il était payé trois fois moins cher qu’un joueur Européen moyen évoluant dans le même club que lui en France ou à Porto au Portugal. Nous avons été colonisés parce que colonisables, nous resterons pourvoyeurs de talents surmédiatisés mais mal payés.
Chez nous, cette coupe d’Afrique illustre le clivage communautaire. Chacune s’identifiant par défaut à l’une ou l’autre équipe. Un match Sénégal Tunisie voila que Waalo et Guidimakha vibrent pour le Sénégal, pendant que du Tagant en Adrar s’élèvent des youyous pour la Tunisie. C’est simplement pathétique.

Abdallah Mohamed Sissako

samedi 9 février 2008

LES IMPOSTEURS
On sait de longue date que les marchands de rêve sont haïssables. Négociants de cauchemars et épiciers de l’apocalypse n’ont rien à leur envier. Partout, de tristes clowns, travestis du manteau de Dieu occupent l’esprit et les maigres économies de gens simples. Ces illuminés insinuent allègrement qu’ils sont les intermédiaires de Dieu. Crise économique, crise identitaire, incertitudes et angoisses ; secouez le tout et voila prescrite une potion de charlatan qui fait la fortune de fumistes et fripons en tout genre. Ces imposteurs, grands profiteurs, manipulateurs et affairistes, faux mages de quartiers, vrais gourous de palais et résidences cossues, exploitent sans vergogne la confiance, la douleur et la crédulité.
Il est temps de dire que cela suffit, que c’est trop indécent, trop indigne d’une société adulte,trop contraire à ce qui fait la grandeur de l’homme.
Ca suffit parce qu’ils font diversion alors qu’il y a plus grave, plus important à penser.
Ca suffit parce que ces imposteurs engendrent la docilité, infantilisent et retirent ce qui revient à l’homme : la part de son destin qu’il peut maîtriser.
Ca suffit parce qu’ils nient cette idée forte si belle, que l’esprit est en l’homme.
Ca suffit parce qu’ils gomment ce qui fait la gloire de la condition humaine : la force de la raison et la conscience de la mort, c'est-à-dire, le mystère du futur.
Oui il est temps de dire « assez » aux imposteurs et de prendre rendez vous sereinement avec demain.

Abdallah Mohamed SISSAKO

NOS ELITES INTELLECTUELLES

Nos élites intellectuels, ont tout lu, tout vu, elles connaissent toutes les théories économiques, sociales et politiques. Leur connaissance des enjeux politiques, de l’Élysée à la maison Blanche, en Afrique et au moyen Orient ferait pâlir de jalousie les professeurs de sciences po et harvard. La mécanique se grippe dès qu’il s’agit pour eux de concevoir de manière collective un projet qui s’inscrive dans leur espace naturel ; aider et accompagner par leur connaissance, constituer un groupe de pression et innover. Cette élite, plus diplômée qu’intellectuelle sort des plus prestigieuses Ecoles et Universités. Du point de vue des études stratégiques, d’analyse et de l’anticipation, elle n’a pas un impact à la hauteur de ses connaissances et des ambitions pour leur pays. « L’intellectuel c’est celui qui refuse d’être le moyen d’un but qui n’est pas le sien. »(J.P.Sartre) Les ambitions de certaines élites sont d’être Ministre, Ambassadeur, Conseillé. Ce qu’elles deviendront souvent. Débarquées ensuite dans le mouvement d’essuie glace des gouvernements, nos excellences ouvrent un cabinet de consultant, en faisant le siège du système Onusien pour arracher quelques études. C’est ensuite le recyclage dans une opposition feutrée, pudiquement appelée mouvance Présidentielle. L’espoir obsessionnel de revenir aux affaires parasite l’essentiel. La cour ne rend pas heureux, elle empêche de l’être ailleurs. Nos artistes, sportifs et musiciens sont bien meilleurs. Des enjeux majeurs préoccupent en ce moment sans qu’on sente le moindre frémissement de leur part.
- L’énergie
- La défense
- La mondialisation.
- Le Terrorisme
L’Energie et le Pétrole : Les experts sont unanimes à reconnaître que d’ici 15 à 20 ans, cette ressource sera rare et excessivement chère. En 2020, le prix du pétrole tournera aux alentours de 120 dollars. Conscients de cette réalité, certains pays ont mis sur pied des task forces chargées d’étudier et de proposer des solutions permettant de contrôler les ressources mondiales et d’assurer leur approvisionnement. Se retrouver sans pétrole signifie un retour à la préhistoire. Pour l’Afrique le pétrole ne comporte aucun enjeu stratégique, il suffit juste de pomper et de vendre
La défense stratégique : Les armées, généralement équipées de la quincaillerie du Pacte de Varsovie, viendraient péniblement à bout ne n’importe quel mouvement dont la force de frappe se résume à quelques Pick - Up et deux ou trois kalachnikov.
Il n’y a quasiment aucun pays qui possède un système de défense équipé de missiles antiaérien modernes. C’est encore le temps des canons antiaériens. Les cartes dont disposent certains états major datent de la colonisation. Aucun pays n’a accès à des satellites capables de le renseigner sur les mouvements de personnes ou d’avions dans son espace aérien sans l’aide de forces étrangères. Il est possible de détruire en une journée toutes les structures d’une armée Africaine sans envoyer un seul soldat au sol. La recolonisation de l’Afrique, se fera sans état d’âme si c’est nécessaire à la survie de l’occident. Il ne faut pas idéaliser sur le droit International et les principes généraux de paix.
La mondialisation : Comme dans tous les sujets qui ont fait leur temps, nos élites répètent mécaniquement les arguments qu’elles entendent en Europe et ailleurs, à savoir :
- Rendre la mondialisation plus humaine,
- Aider les pays pauvres à y faire face.
La mondialisation est la forme civilisée de perpétuation des inégalités économiques. Le but du concept est de garder les pays pauvres comme pourvoyeurs de biens et ressources, le niveau de vie des riches est protégé. Le travail pénible, à faible valeur ajoutée est fait dans le tiers monde. Ainsi, les appareils électroniques qui coûtaient 300 dollars US en 1980 reviennent parfois au même prix en 2007 en Afrique. L’Afrique continue d’être un réservoir de consommation de tous les produits fabriqués dans le monde. L’indépendance c’est d’abord un certain degré d’autonomie. Un seul embargo sur les livraisons de biens et de services suffirait à anéantir le continent. Le rapport de force demeure une constante de la cœxistence entre peuples.
Le terrorisme : « La Vérité n’égorge pas la gorge. »
Le 11 Sep 2001 a bien commencé en Afrique en 1998 avec les attentats de Nairobi et Dar Es Salam. Douze des 22 terroristes les plus recherchés après les attentas de New York étaient Africains. L’Afrique peine encore à se sentir concernée par la violence intégriste. « Qui n’empêche pas le mal, le favorise disait Cicéron.»
Nos intellectuels s’affranchiraient quand ils auront admis que le respect s’arrache par la force de l’intelligence, quand ils ne chausseront plus les lunettes des autres pour lire. Ils donneraient des raisons d’espérer en s’inscrivant dans un débat adulte constructif. Si gouverner c’est prévoir, aucun gouvernement ne refuserait de créer à leur intention un centre d’études Internationales stratégiques, espace favorable à l’expression de leur capacité de réflexion, d’analyse et d’anticipation sur les questions de fond.

Abdallah Mohamed SISSAKO

dimanche 3 février 2008

Article du journal libération : Je vous invite en Mauritanie

Je vous invite en Mauritanie
Abderrahmane Sissako cinéaste mauritanien, auteur du film Bamako.
QUOTIDIEN : mercredi 9 janvier 2008

Je suis né à Kiffa en 1961, en Mauritanie. Mon pays découvrait alors l’indépendance, accordée par la France l’année précédente dans le cadre d’une transition pacifique. Même si j’ai vécu parfois loin de ma terre natale, aujourd’hui essentiellement à Paris, cette terre magique m’habite chaque jour. Au printemps 2007, je me suis ainsi réjoui, comme tous mes compatriotes, de notre première élection présidentielle véritablement démocratique. A bien des égards, ce petit pays tranquille qui ne fait que rarement parler de lui vaut aujourd’hui par sa société civile, en marche vers la paix et la réconciliation nationale, un exemple pour l’ensemble du continent africain. Depuis des décennies, la Mauritanie accueille, avec ferveur et professionnalisme, les concurrents du rallye Dakar. Cette année, l’assassinat le 24 décembre de quatre ressortissants français, fait sans précédent dans ce pays, suivi d’un attentat mortel contre trois soldats, a tout d’abord choqué et traumatisé une population connue pour être pacifique. Ces deux attaques criminelles isolées ont conduit à l’annulation de l’édition du rallye Dakar 2008. J’entends depuis quelques jours, çà et là, et sans voix pour y répondre, qu’il ne faut plus aller en Mauritanie, que c’est dangereux. Je vous invite en Mauritanie. Je vous y invite parce que ce pays conduit, depuis des siècles, une singulière «politique de civilisation», comme le réclamait récemment pour son propre pays le président de la République française. Ce mélange de cultures maure, arabo-berbère et noire africaine, ce brassage ethnique, cette terre d’échanges fertiles sont à bien des égards, malgré le sous-développement, des gages de civilisation. Je vous invite en Mauritanie parce que ici comme nulle part ailleurs une culture nomade a forgé une culture érudite. Je vous invite à rencontrer nos savants, nos griots, nos musiciens, à connaître ce pays qui compte quatre villes classées par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité, ce pays qu’on dit être le pays du million de poètes, je vous invite à visiter nos universités et nos bibliothèques du désert. Je vous invite en Mauritanie parce que l’annulation d’une compétition sportive ne doit ni effacer les efforts d’un pays pour construire son image dans la région et dans le monde et pour faire vivre son identité de nations multiples, ni surtout à encourager les terroristes à continuer à nous faire peur. Je vous invite à venir en Mauritanie comme nous avons continué à aller, et plus engagés que jamais, à Madrid, à Londres, à New York après des attentats autrement meurtriers. Qui aurait d’ailleurs renoncé à visiter ces grands pays d’Europe ou les Etats-Unis ? Le vrai combat contre le terrorisme, c’est cela, cette solidarité sans faille. A nous, par notre détermination, de faire peur aux barbares. Je vous invite en Mauritanie, femmes et hommes de conscience, pour ne pas laisser votre place à ceux qui font injure à notre longue et ancienne civilisation.

Le Casse Tête Air Mauritanie.

La très longue agonie d’Air Mauritanie met à nue les insuffisances croisées dans la gestion de la crise. Les protagonistes sont nombreux et n’ont pas la même lecture tant les enjeux sont complexes. Ouvert sous la transition, le dossier surfe comme une patate chaude entre commissions Interministériels, Experts, consultants, Elus du peuple, Partis Politiques…
Comprendre les enjeux de la crise semble réservé aux rares initiés. Il apparaît à posteriori que la saisie des avions ait été programmée. La suite l’est moins au regard des tâtonnements et incohérences. Une première étude validée par le Département concluait que la liquidation revenant plus chère, on optait pour la recherche de partenariat avec un contrat de performance entre l’Etat et le partenaire stratégique ; propos de P.M. entendus à l’Assemblée Nationale. L’idée était presque séduisante. Son application devait probablement contrarier des projets encore plus séduisants et conformes aux intérêts du pays réel.
Paroles cette fois du Ministre des Transports, encore à l’Assemblée Nationale ;
« Le Ministère s’emploi à faciliter le travail dans les pays frères et voisins pour certains travailleurs »
On cherche toujours sa clef sous le lampadaire ; jamais ou on la perdue.
La dette :
S’aura-t-on jamais à combien elle s’élève ? Evaluée dans un premier temps à 6 milliards ; depuis elle est passée à 9 puis 12 et enfin 14 milliards. Arrivé à de tels écarts sur un an est simplement impossible même en faisant exprès. On sait de longue date que l’absence de management est pire que le mauvais management.
La dimension nationale d’Air Mauritanie n’a jamais été plus qu’un vœu pieu à côté d’une réalité solidement ancrée.
L’Emirat de Qatar, sollicité dans la recherche de solution dispose de trois compagnies nationales opérant dans un esprit de compétitivité. Chacune ayant son marché au grand bonheur des usagers. Plus près, chez nous, trois opérateurs de téléphonie mobile s’activent pour maintenir leurs parts de marché ; entre eux, un seul arbitre, le consommateur.
La liquidation pose deux questions majeures, les droits des travailleurs et les droits de trafic de la compagnie nationale.
Les travailleurs :
La dimension sociale de cette question est extrêmement sensible au regard d’un contexte social et économique lui même assez tendu. La société n’ayant pas d’actifs, le règlement des droits des travailleurs semble inscrit dans une très longue durée pour leurs ayants droit.
Les droits de trafic d’Air Mauritanie, Compagnie Nationale.
A priori, cette cession se fait au profit d’une compagnie nationale, c’est à dire une compagnie dont les avions sont immatriculés sur le territoire national avec un capital majoritaire détenu par des nationaux.
LA QUESTION PARTICULIÈRE DE LA NATIONALITÉ DE L'ENTREPRISE.
La convention de Chicago, fondement du droit aérien moderne
L'accord relatif au transit des services aériens internationaux signé à Chicago le 7 décembre 1944 a défini le cadre du transport aérien civil jusqu'à ce jour. La nationalité des entreprises aériennes en constitue une clef de voûte, car les services aériens étaient alors conçus comme indissociables de l'exercice de la souveraineté. L'internationalisation des échanges et surtout le formidable développement de l'aviation civile depuis un demi-siècle ont transformé la réalité du transport aérien. Ce cadre juridique reste néanmoins valable. La principale raison de cette immuabilité des règles internationales est sans doute à rechercher, paradoxalement, dans l'importance pratique de ces règles. En effet, les conventions régissant le transport aérien et l'Organisation de l'Aviation civile internationale (OACI) rassemblent tous les pays du monde. Toute modification d'un système conventionnel aussi étendu se révèle donc très complexe à mettre en oeuvre. Pour cette raison, le paysage aérien international est fortement marqué par la section 5 de l'article 1er de cet accord, qui stipule que « chaque Etat contractant accorde aux autres Etats contractants les libertés de l'air suivantes [...] : le privilège de survoler son territoire sans atterrir ; le privilège d'atterrir à des fins non commerciales ». D'où s'ensuit que l'exploitation de liaisons aériennes à des fins commerciales est soumise à l'accord par le pays d'arrivée de droits de trafic. Cette autorisation est obtenue dans le cadre d'accords bilatéraux d'Etat à Etat, ce qui suppose que soit connue la nationalité de chaque compagnie désirant exploiter des liaisons internationales.
Une application effective... La perspective qu'un changement de nationalité remette en cause les droits de trafics d'une compagnie, pour être rare, n'est pas théorique. Après son rachat par British Airways en 1992, Air Liberté avait ainsi perdu ses droits de trafic au Maroc. De même les Etats-Unis ont-ils restreint les droits de trafic d'Aerolinas Argentinas après sa prise de contrôle par Iberia.
mais peu courante … Les exemples de perte de droits de trafic, s'ils existent, restent peu nombreux, dans la mesure où une telle évolution nuit gravement à la situation économique de la compagnie aérienne. Il n'est donc pas dans l'intérêt économique d'un investisseur étranger d'entrer au capital d'une entreprise dont la valeur va s'effondrer du fait même de son entrée. Le cas le plus vraisemblable est donc celui d'un dépassement accidentel du seuil de nationalité. Toutefois, dans la mesure où peuvent être mis en place des seuils d'alerte, par exemple lorsque les 45 % de participation étrangère sont franchis, et où la remise en cause des droits de trafic n'est pas instantanée, ce risque demeure très limité. Naturellement, il convient d'y parer avec un mécanisme de protection de la nationalité. De tels mécanismes existent chez tous nos principaux partenaires pour les grandes compagnies aériennes.
Abdallah Mohamed Sissako